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10,6 millions sous séquestre pour sauver Bordeaux : la France du foot est passée en solde

20 septembre 20263 min de lecture
10,6 millions sous séquestre pour sauver Bordeaux : la France du foot est passée en solde

Dix millions six cent mille euros. C'est la somme déposée fin juillet sur un compte bloqué par des investisseurs liés à Park Bench pour tenter de reprendre les Girondins de Bordeaux — à peu près ce qu'Aston Villa a payé pour vingt pour cent d'Ibrahim Mbaye au dernier mercato. Cette garantie devait expirer ; elle a été prolongée jeudi dernier, et un engagement écrit est attendu par le tribunal mardi 22 septembre. Traduction : le club six fois champion de France joue son existence sur un document de quelques pages et une somme qui ne paierait même pas le banc de touche d'un club anglais de milieu de tableau.

Bordeaux n'est pas un cas isolé, et c'est tout le problème. À Nantes, Waldemar Kita a ouvert la porte : trois offres seraient sur la table selon L'Équipe, venues d'un investisseur du Moyen-Orient, d'un fonds américain et d'un groupe français. Aucune n'a encore eu accès à la data room, la salle virtuelle où un acheteur épluche les comptes réels avant de s'engager. Kita avait acheté les Canaris une dizaine de millions d'euros en 2007. Dix-neuf ans plus tard, avec un club dix-septième de Ligue 2, il est loin d'être acquis qu'il sorte gagnant de l'opération.

Pourquoi ce grand déballage maintenant ? Parce que la matière première du modèle français s'est évaporée. Les recettes audiovisuelles domestiques de la Ligue 1 sont tombées autour de 180 à 220 millions d'euros sur la saison 2025-2026, contre environ 500 millions l'exercice précédent. Le départ de beIN Sports au 31 décembre 2025 a retiré à lui seul quelque 78 millions d'euros annuels du pot commun. Depuis, la LFP vend elle-même son championnat via Ligue 1+, avec une moyenne d'environ 1,1 million d'abonnés sur la première année selon RMC — un démarrage honorable, mais en deçà des business plans qui visaient 2,2 à 2,5 millions à l'horizon 2029.

Or un club de football se valorise essentiellement sur ses revenus futurs récurrents. Quand la ligne « droits TV » du business plan est divisée par deux ou trois, la valeur d'un club français fond mécaniquement, et l'acheteur potentiel ne raisonne plus en multiple de chiffre d'affaires mais en coût de sauvetage : combien pour éponger la dette, combien pour tenir deux saisons. C'est exactement le calcul de Sochaux, cédé à un héritier Peugeot pour une poignée de millions avec un million apporté par l'agglomération du Grand Belfort. Dans le même temps, Leeds United, en deuxième division anglaise, changeait de mains sur une valorisation d'environ 170 millions de livres. Deux championnats, deux planètes.

La LFP le sait. Olivier Bramly, directeur général de LFP Media, a confirmé à l'AFP réfléchir « très sérieusement » à un appel d'offres, évoquant des marques d'intérêt déjà reçues ; L'Équipe situe un lancement possible dès octobre, sur la période 2029-2034. Une consultation anticipée de trois ans, ce n'est pas de la stratégie, c'est un appel au secours adressé au marché : remettez un prix, n'importe lequel, pour qu'on puisse enfin écrire des budgets crédibles.

Ce que ça change ? D'abord, la France devient le terrain de chasse des investisseurs opportunistes, ceux qui achètent bas et vendent la promesse d'une remontée en Ligue 1. Certains redressent — Paris FC a trouvé la famille Arnault et Red Bull —, d'autres laissent des clubs centenaires en soins palliatifs, comme 777 Partners, passé par la case faillite avec deux milliards de dollars de dettes. Ensuite, la hiérarchie se fige : les clubs sans actionnaire fortuné vendent leurs meilleurs éléments chaque été pour boucler la DNCG. Enfin, le prochain appel d'offres devient le seul vrai levier de revalorisation de tout un patrimoine sportif.

Mardi, un tribunal de commerce lira un document. Il vaudra mieux qu'un bilan comptable pour mesurer l'état du football français.

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