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150 millions de livres par an contre un club valorisé 7 milliards : le bras de fer qui va redessiner le foot anglais

17 septembre 20263 min de lecture
150 millions de livres par an contre un club valorisé 7 milliards : le bras de fer qui va redessiner le foot anglais

Un chiffre résume le malaise du football anglais en cette rentrée : 1,5 milliard de livres sur dix ans. C'est ce que la Premier League propose de reverser aux 72 clubs de l'English Football League, soit environ 150 millions par saison en moyenne. L'EFL juge l'offre insuffisante. Et depuis l'été, plus personne ne fait mine de croire que les deux camps trouveront un accord tout seuls.

Petit rappel pour ceux qui n'ont pas suivi ce feuilleton. Le foot anglais fonctionne en pyramide : une élite ultra-riche en haut, 72 clubs professionnels en dessous, et des « parachute payments » versés aux relégués pour amortir la chute. Le problème, c'est que ces parachutes créent un championnat à deux vitesses en Championship, où les clubs qui n'en touchent pas se ruinent en essayant de suivre. Le dernier accord de répartition date de 2019. Il a été prolongé faute de mieux, ce que le président du régulateur David Kogan a résumé en janvier d'une formule sans détour : un report « à la satisfaction de personne ». Il a aussi employé le mot « death sentence » pour décrire ce que représente une relégation pour certains clubs.

Ce qui change tout, c'est qu'un arbitre est arrivé dans la pièce. L'Independent Football Regulator, créé par la loi, supervise 116 clubs et dispose d'un pouvoir dit de « backstop » : si les deux ligues n'accouchent pas d'un accord, il impose la répartition. En pratique, la Premier League négocie désormais avec un pistolet sur la table. Son offre, votée à l'unanimité par ses 20 clubs cet été, contient d'ailleurs des concessions qu'elle refusait hier : une réduction des parachutes, un fonds de sauvetage pour les clubs en détresse et une enveloppe sanctuarisée pour les infrastructures.

Sauf que l'arbitrage a un prix. Le régulateur a lancé cet été une consultation éclair, révélée par Sky News, sur la facture du backstop : l'intégralité des coûts de la procédure, y compris les siens, serait refacturée à la Premier League et à l'EFL, avec une répartition dépendant du comportement des parties pendant les négociations. Traduction : plus vous traînez, plus vous payez. La consultation s'est achevée début septembre, et des clubs redoutent déjà de recevoir une note à plusieurs millions pour un arbitrage qu'ils n'ont pas demandé.

Pour mesurer l'écart, deux comparables. En mars 2024, la Premier League avait déjà tenté un « New Deal » de 900 millions de livres, abandonné faute de majorité : seuls 10 clubs sur les 14 nécessaires avaient voté pour, après une version à 836 millions sur cinq ans assortie d'une taxe sur les transferts et d'un plafond de 70 % des revenus consacrés aux salaires en Championship. Deux ans plus tard, l'offre a grossi mais l'écart entre les deux mondes aussi. Rick Parry, l'ancien patron de l'EFL, aimait rappeler qu'en 1992, le chiffre d'affaires de la Premier League était de 45 millions de livres contre 34 pour la Football League. Onze millions d'écart. Il se compte aujourd'hui en milliards.

La juxtaposition des calendriers est cruelle. Pendant que l'EFL se bat pour 150 millions annuels partagés à 72, le marché confirme que les actifs du sommet valent une fortune : une participation minoritaire importante de Liverpool doit passer, sous réserve d'approbation réglementaire, à un consortium incluant Jeff Bezos sur une valorisation supérieure à 7 milliards de dollars. Et Deloitte a qualifié l'été 2026 de troisième été record de dépenses en quatre ans pour les clubs anglais, quand le reste du continent freine.

Qui gagne ? À court terme, l'EFL, qui n'a plus besoin de convaincre la Premier League, seulement le régulateur. Qui perd ? Les clubs relégués, dont le filet va se détendre, et les dirigeants de l'élite qui découvrent qu'un pouvoir extérieur peut désormais fixer le prix de la solidarité. Le vrai perdant potentiel, c'est le principe même de l'autorégulation. Vingt ans de refus d'arbitrer entre eux, et le foot anglais s'apprête à payer un tiers pour le faire à sa place.

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