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Everton à vendre après 22 mois : le premier test grandeur nature du régulateur anglais

22 octobre 20263 min de lecture
Everton à vendre après 22 mois : le premier test grandeur nature du régulateur anglais

Vingt-deux mois. C'est le temps qu'aura tenu le Friedkin Group à la tête d'Everton avant d'annoncer, le 9 octobre, que le club était de nouveau sur le marché. Les Américains avaient racheté les 99,5 % de Farhad Moshiri fin 2024, en sauvant un club étranglé par les dettes et l'échec du rachat par 777 Partners. Ils revendent avant même d'avoir vu la fin du premier cycle sportif complet.

Le chiffre qui circule donne le ton du bras de fer à venir. Les observateurs du dossier estiment qu'un acheteur raisonnable valoriserait Everton autour de 800 millions de livres, soit environ quatre fois son chiffre d'affaires — le multiple standard quand on évalue un club anglais. Côté vendeur, on vise plus haut : au-delà du milliard, parce qu'un propriétaire qui a épongé un passif et livré un stade neuf estime avoir créé de la valeur. Entre les deux, il y a 200 à 300 millions de livres de désaccord, et c'est exactement là que se joue l'affaire.

Ce qui rend Everton vendable, c'est le béton. Le club a quitté Goodison Park pour une enceinte de près de 53 000 places aux docks de Bramley-Moore, avec des loges, de l'hospitalité et un potentiel de recettes jour de match sans commune mesure avec l'ancien stade. Pour un investisseur, c'est l'actif rêvé : le gros chèque a déjà été signé par quelqu'un d'autre. Ce qui le rend difficile à vendre, c'est tout le reste — une équipe sans joueur revendable à 80 millions, un classement médiocre depuis quatre saisons, et aucune garantie européenne.

Souvenons-nous des comparables. Newcastle, en 2021, est parti pour 305 millions de livres, soit le prix d'un milieu de terrain aujourd'hui. Chelsea a changé de mains en 2022 pour 2,5 milliards, plus 1,75 milliard d'engagements d'investissement, dans un contexte de vente forcée. En quatre ans, le marché s'est normalisé : les fonds américains ne paient plus le ticket d'entrée en Premier League à n'importe quel prix, ils regardent le chiffre d'affaires, la masse salariale et la capacité du stade. Everton tombe pile dans cette nouvelle discipline.

Sauf qu'un acteur s'est invité à la table, et il est inédit. Le 21 octobre, David Kogan, à la tête du régulateur indépendant du football anglais, a affirmé que son institution pouvait écarter un propriétaire qui ne gérerait pas un club de façon « fit, fair » et avec probité. Traduction concrète : la vente d'Everton sera l'un des premiers grands dossiers où un acquéreur devra convaincre non pas la Premier League seule, mais une autorité publique dotée d'un pouvoir de licence. Kogan a aussi précisé que la loi ne lui permettait pas de bloquer un rachat au seul motif qu'il serait porté par un fonds souverain. Les candidats du Golfe ou d'ailleurs ne sont donc pas exclus — ils sont juste passés au tamis.

Le même homme a lâché deux chiffres qui en disent long sur l'état du pyramide anglaise : plus de 500 millions de livres partis en commissions d'agents, et une dette entre clubs, liée aux transferts payés en plusieurs fois, qui grimpe « dramatiquement ». En parallèle, la Premier League discute de plus que doubler ses paiements de solidarité vers les divisions inférieures, avec des parachutes réduits pour les relégués. Autrement dit, le modèle économique que tout acheteur achète est en train d'être réécrit pendant la négociation.

Qui gagne ? Un repreneur patient, qui laissera le prix s'éroder vers les 800 millions et récupérera un stade neuf sans en avoir payé la construction. Qui perd ? Friedkin, propriétaire également de la Roma, qui sortira probablement sans la plus-value espérée. Et les supporters d'Everton, eux, apprendront une chose utile : à l'ère du régulateur, le propriétaire n'est plus tout à fait chez lui.

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