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Ligue 1 : le pari risqué de Ligue 1+ face à l'effondrement des droits TV

7 août 20264 min de lecture
Ligue 1 : le pari risqué de Ligue 1+ face à l'effondrement des droits TV

184,1 millions d'euros. C'est la somme nette que se partageront les clubs de Ligue 1 au titre des droits audiovisuels pour la saison 2026-2027, selon le guide de répartition transmis par la LFP. Sur 412,2 millions de recettes brutes, voilà ce qui reste une fois déduits les charges, la part du fonds CVC, l'enveloppe de la Ligue 2 et l'aide aux clubs relégués. Et sur ces 184 millions, 112,5 seulement seront répartis entre les dix-huit clubs de l'élite, le solde étant réservé à ceux qui disposent d'un indice UEFA. Un chiffre qui résume à lui seul l'ampleur de la crise que traverse le football français. Pour comprendre l'urgence, il faut remonter à 2024. Cette année-là, la LFP confie ses droits à DAZN, pour un contrat d'une valeur moyenne proche de 375 millions d'euros par saison, beIN Sports conservant une affiche par journée. Le montage tourne au fiasco en quelques mois : la plateforme britannique accumule les pertes, entre en conflit ouvert avec la Ligue et se retire dès l'été 2025. beIN Sports suit le 31 décembre suivant. La Ligue 1 devient alors le premier grand championnat européen privé de diffuseur tiers sur son propre marché national. Sans autre choix, la LFP lance sa propre chaîne, Ligue 1+, le 15 août 2025. Le modèle est simple : diffuser le championnat en direct contre un abonnement mensuel. Le business plan tablait sur 1,5 million d'abonnés et 320 millions d'euros de recettes pour 2026-2027. La réalité est plus rude : la plateforme tourne autour d'un million d'abonnés, avec une tendance récente à la baisse. Sur 2025-2026, les recettes audiovisuelles domestiques s'établissent entre 180 et 220 millions d'euros, soit une chute de 55 à 64 % par rapport aux 500 millions de la saison 2024-2025. Et rien n'indique que 2026-2027 fera mieux. Pourquoi un tel écart ? D'abord, la distribution. Canal+, partenaire historique du football français, a refusé de distribuer la chaîne, privant Ligue 1+ d'un bassin de près de 2,5 millions d'abonnés déjà acquis au sport payant. Ensuite, le prix. Lancé à 9,99 € par mois en promotion pendant trois mois, l'abonnement est passé à 14,99 €, et atteint 19,99 € pour les nouveaux clients en 2026-2027 – avec un tarif fidélité à 16,99 € et un pass mobile à 14,99 €. Une hausse de cinq euros dans un marché où le pouvoir d'achat reste fragile. Enfin, le piratage : malgré les mesures judiciaires obtenues fin 2025, le taux de contrefaçon demeure élevé. À quoi s'ajoute une concurrence féroce, entre géants du streaming et autres offres sportives, dans laquelle un championnat privé de ses plus grandes stars – Mbappé est parti en 2024 – peine à se différencier. Le football français n'est pas le premier à tenter l'aventure du « direct-to-consumer ». La NBA avec son League Pass, ou la Premier League avec son service international, ont réussi à monétiser une audience mondiale. Mais ces ligues bénéficient d'un avantage clé : une base de fans globale, prête à payer pour suivre ses équipes où qu'elle soit. La Ligue 1, elle, reste un championnat dont le rayonnement international se concentre largement sur le PSG – un club dont l'identité est plus associée à ses stars qu'à son championnat. Les conséquences sont déjà chiffrées. Le club le mieux classé selon les critères de répartition percevra environ 11,7 millions d'euros de droits domestiques en 2026-2027 ; le dernier, 3,6 millions. Des montants dérisoires au regard des masses salariales en jeu, et sans commune mesure avec le voisin anglais : sur la seule saison 2024-2025, Liverpool a touché 200,5 millions d'euros, davantage que l'enveloppe nette prévue pour toute la Ligue 1. Le document de vingt et une pages transmis aux clubs, présenté comme indicatif et provisoire, sert pourtant de base aux budgets avant les auditions devant la DNCG. Le message est limpide : ne comptez pas sur une embellie télévisuelle. Pourtant, la LFP refuse de baisser les bras. Ligue 1+ récupère en 2026-2027 les neuf matchs de chaque journée, jusqu'ici amputés du neuvième détenu par beIN, ramène le multiplex du samedi soir disparu depuis des années et ajoute la Ligue 3 à sa grille. LFP Média espère 200 000 à 300 000 abonnés supplémentaires et vise 1,3 million d'abonnés en fin de saison. Le raisonnement se tient. Mais la déconvenue du Mondial 2026, dont les droits payants lui ont échappé au profit de beIN alors qu'un accord semblait acquis, a rappelé combien la chaîne reste vulnérable. Ce qui se joue ici dépasse la question des droits TV. C'est la capacité du football français à passer d'un modèle de dépendance aux diffuseurs à un modèle d'autonomie – en assumant que l'autonomie signifie aussi l'absence de garantie. Sans minimum garanti, chaque abonné compte, littéralement. Un virage qui, s'il échoue, creuserait encore le fossé avec les autres grands championnats européens. Et s'il réussit ? La Ligue 1+ deviendrait un laboratoire pour le sport européen, la preuve qu'une ligue peut reprendre le contrôle de sa diffusion – et de son destin.

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